Texte de loi
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1La Suisse a une armée. Celle-ci est organisée essentiellement selon le principe de l’armée de milice.

2L’armée contribue à prévenir la guerre et à maintenir la paix; elle assure la défense du pays et de sa population. Elle apporte son soutien aux autorités civiles lorsqu’elles doivent faire face à une grave menace pesant sur la sécurité intérieure ou à d’autres situations d’exception. La loi peut prévoir d’autres tâches.

3La mise sur pied de l’armée relève de la compétence de la Confédération. Accepté en votation populaire du 28 nov. 2004 , en vigueur depuis le 1 er janv. 2008 (AF du 3 oct. 2003, ACF du 26 janv. 2005, ACF du 7 nov. 2007; RO 2007 5765 ; FF 2002 2155 , 2003 6035 , 2005 883 ).

Vue d'ensemble

Message central

L'art. 58 Cst. oblige la Suisse à entretenir une armée. Celle-ci est organisée en principe selon le système de milice (al. 1). L'armée a trois tâches principales : prévenir la guerre, maintenir la paix et défendre le pays (al. 2). À titre subsidiaire, elle soutient les autorités civiles en cas de menaces graves contre la sécurité intérieure et dans des situations extraordinaires. Tous les engagements de l'armée sont exclusivement du ressort de la Confédération (al. 3).

Le principe de milice signifie : les hommes suisses accomplissent leur service militaire à titre accessoire, le plus souvent les week-ends et par blocs. L'obligation de servir découle de l'art. 59 Cst., la taxe d'exemption pour les personnes inaptes au service du même article. Un petit noyau de militaires de carrière complète les soldats de milice dans les domaines techniques.

La Suisse ne peut pas simplement renoncer à son armée — cela nécessiterait une modification de la Constitution. La doctrine est controversée concernant la notion de « défense » : une interprétation large englobe toutes les mesures militaires de défense, une interprétation étroite uniquement les menaces « d'ampleur stratégique » (Diggelmann/Altwicker, BSK BV, art. 58 n. 12).

Champ d'application

L'art. 58 Cst. couvre toutes les activités militaires de la Suisse. Sont concernés en premier lieu les hommes suisses astreints au service entre 18 et 30 ans. Les femmes peuvent accomplir le service militaire sur une base volontaire. Les cantons dépendent des décisions fédérales pour l'application de la norme, car ils ne disposent pas de leur propre armée.

Cas d'application concrets : Le contingent suisse de la KFOR (mission de paix au Kosovo) se fonde sur le maintien de la paix. L'engagement de l'armée au Forum économique mondial de Davos repose sur le soutien subsidiaire en cas de menaces graves contre la sécurité. L'engagement pendant la pandémie de COVID-19 en 2020/21 relevait des « situations extraordinaires ». La défense cyber se situe entre la défense et la sécurité intérieure.

Les cantons peuvent demander un soutien militaire lorsque leurs propres moyens ne suffisent pas. Des exemples sont l'aide en cas d'inondations, le sauvetage en cas d'avalanches ou la protection d'infrastructures critiques lors de grands événements.

Pertinence pratique

L'art. 58 Cst. marque le quotidien de nombreux hommes suisses par l'obligation militaire. Environ 20'000 recrues entrent en service chaque année. Celui qui est inapte au service militaire paie une taxe d'exemption jusqu'à l'âge de 30 ans (environ 400 francs par an).

Politiquement, la norme est contestée : les initiatives visant à supprimer l'armée ont échoué clairement jusqu'à présent (1989 : 64% de non, 2013 sur l'obligation de servir : 73% de non). Les débats actuels concernent l'augmentation du budget de la défense, l'acquisition de nouveaux avions de combat et le rôle de l'armée face aux menaces cyber.

L'art. 58 Cst. devient juridiquement pertinent pour les questions de responsabilité : la Confédération répond des dommages causés par les activités militaires selon la loi militaire, non selon le droit général de la responsabilité. En cas d'expropriations pour des places d'armes ou des installations de tir, les besoins militaires doivent être mis en balance avec les droits de propriété et la protection de l'environnement.

La délimitation entre les tâches de l'armée et de la police devient plus complexe avec les nouvelles formes de menaces (terrorisme, cybercriminalité). Les limites constitutionnelles des engagements subsidiaires ne sont pas encore clarifiées par la jurisprudence du Tribunal fédéral.