Texte de loi
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1La Confédération légifère afin de lutter contre l’usage abusif d’armes, d’accessoires d’armes et de munitions.

2Elle légifère sur la fabrication, l’acquisition, la distribution, l’importation, l’exportation et le transit de matériel de guerre.

Art. 107 Cst.

Aperçu

L'art. 107 Cst. donne à la Confédération la compétence de contrôler les armes et le matériel de guerre. Cette compétence fédérale est complète et évince toute réglementation cantonale.

L'alinéa 1 habilite la Confédération à édicter des prescriptions contre l'usage abusif d'armes, d'accessoires d'armes et de munitions. Malgré la formulation, cette compétence ne se limite pas aux mesures répressives. La Confédération peut créer des réglementations préventives comme les obligations d'autorisation et les systèmes d'enregistrement. Cette disposition constitue la base constitutionnelle de la loi sur les armes (LArm), qui régit l'acquisition, la possession et le commerce d'armes.

L'alinéa 2 concerne le matériel de guerre et englobe toute la chaîne de création de valeur, de la fabrication à l'exportation. Cette compétence permet à la Confédération un contrôle sans faille des biens à usage militaire. Elle constitue la base de la loi sur le matériel de guerre (LFMG) avec ses strictes obligations d'autorisation et ses contrôles d'exportation.

La législation suisse sur les armes est marquée par l'association à Schengen, qui a conduit à un élargissement considérable des compétences fédérales. Certains juristes critiquent le fait que la Confédération ait ainsi outrepassé ses limites constitutionnelles (Künzli, BSK BV, Art. 107 N. 13). La doctrine dominante voit les choses différemment et souligne que le droit suisse continue de partir du principe d'un droit à l'acquisition d'armes.

Un exemple pratique montre la portée : un collectionneur d'armes historiques a besoin d'autorisations fédérales distinctes tant pour l'acquisition d'un pistolet militaire (LArm) que pour des composants de munitions (LFMG). Les violations peuvent entraîner des sanctions pénales et la confiscation des objets, comme l'a illustré l'affaire « Supergun » (ATF 122 IV 103).

Pour l'exportation de matériel de guerre, la dimension de politique de neutralité est centrale. La position officielle suisse limite les exigences de droit de neutralité aux livraisons étatiques. Les critiques objectent que cette distinction est dépassée, car les États contrôlent aujourd'hui aussi les exportations d'armement privées (Meyer, Das Kriegsmaterialgesetz, 2007, p. 165 ss ; Künzli, Pendelausschläge des schweizerischen Rüstungsexportrechts, Sicherheit & Recht 2009, p. 141 ss).

La jurisprudence montre une interprétation constamment stricte des devoirs de diligence. Déjà les violations par négligence des obligations d'autorisation complexes peuvent entraîner des peines sévères. Les entreprises du secteur de l'armement doivent donc implémenter des systèmes de conformité complets (Amsler/Calderari, La réglementation des armes à feu, AJP 2014, p. 309 ss).