Texte de loi
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1Le Conseil fédéral est chargé des affaires étrangères sous réserve des droits de participation de l’Assemblée fédérale; il représente la Suisse à l’étranger.

2Il signe les traités et les ratifie. Il les soumet à l’approbation de l’Assemblée fédérale.

3Lorsque la sauvegarde des intérêts du pays l’exige, le Conseil fédéral peut adopter les ordonnances et prendre les décisions nécessaires. Les ordonnances doivent être limitées dans le temps.

Art. 184 Cst. — Conseil fédéral

Aperçu

L'art. 184 Cst. règle les compétences de politique étrangère du Conseil fédéral. Il est chargé des affaires extérieures de la Suisse et représente le pays à l'étranger (al. 1). Cette compétence comprend la conduite des relations diplomatiques et la participation aux organisations internationales.

Le Conseil fédéral peut signer et ratifier des traités de droit international (al. 2). La ratification signifie que la Suisse devient liée par le traité en droit international. Toutefois, il doit soumettre les traités importants à l'Assemblée fédérale pour approbation. Le Parlement décide des traités qui modifient la loi ou entraînent de nouvelles dépenses.

Dans des situations particulières, le Conseil fédéral peut agir sans le Parlement (al. 3). Lorsque les intérêts du pays l'exigent, il peut édicter ses propres ordonnances et décisions. Ces compétences d'urgence sont limitées dans le temps. Elles ne s'appliquent qu'en cas d'urgence, lorsque la procédure législative normale serait trop lente.

Tous les domaines de la politique étrangère sont concernés : diplomatie, relations économiques et sanctions. Les conséquences juridiques sont considérables. Les ordonnances d'urgence ont force de loi et peuvent restreindre les droits fondamentaux. Un exemple actuel sont les sanctions contre la Russie après la guerre en Ukraine. Le Conseil fédéral a édicté en 2022 l'ordonnance Ukraine (RS 946.231.176.72) en se fondant sur l'art. 184 al. 3 Cst. Celle-ci bloque les avoirs de personnes et d'entreprises russes en Suisse.

Le Tribunal fédéral a décidé que de tels blocages priment sur d'autres procédures. Même si un créancier a déjà engagé une procédure de poursuite, les blocages d'avoirs liés aux sanctions peuvent arrêter la procédure (ATF 151 III 553). Les banques doivent respecter le blocage et ne peuvent pas libérer les fonds bloqués.

Les droits de participation de l'Assemblée fédérale demeurent préservés. Le Parlement conserve la haute surveillance et peut contrôler la politique étrangère du Conseil fédéral. En cas de conflits constitutionnels, le Tribunal fédéral décide en dernier ressort des limites des compétences d'urgence.